« Nous devons faire face à l’urgence tout en favorisant la résilience » déclare l’ambassadeur à Kyangwali

Du 29 au 31 mars 2021, l’ambassadeur de France en Ouganda, S.E. Jules-Armand ANIAMBOSSOU, s’est rendu dans le camp de réfugiés de Kyangwali, situé dans le district de Kikuube, près du lac Albert. Depuis 2019, l’ambassade de France y soutient à hauteur de 600 000 euros , pour une durée de deux ans, un projet d’aide alimentaire mis en place par l’ONG française Action Contre la Faim (ACF). L’approche innovante adoptée par ACF a permis de renforcer la sécurité alimentaire de 4 000 réfugiés, en ciblant en premier lieu les foyers comportant des femmes enceintes ou allaitantes.

Le camp de réfugiés de Kyangwali, mis en place dès les années 60 pour accueillir, alors, des réfugiés rwandais, regroupe aujourd’hui plus de 120 000 réfugiés et demandeurs d’asile (majoritairement congolais). Ces réfugiés sont confrontés au quotidien à des niveaux d’insécurité alimentaire inquiétants : 33% des ménages étant classifiés comme bas ou limites selon les critères du « Food Consumption Score ».

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La venue de l’ambassadeur de France a été l’occasion de faire le bilan de ces deux années de mise en œuvre du projet (période en partie affectée par la crise Covid-19 toujours en cours) en faveur de la sécurité alimentaire dans le camp de réfugiés, ainsi qu’un point avec ACF, l’«  Office of the Prime Minister » (OPM) et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR) sur les besoins identifiés.

Les « Fresh Food Vouchers », un système de distribution alimentaire innovant

Dans le cadre du projet d’ACF ayant débuté en avril 2019, l’ONG française a mis en place un système de distribution alimentaire particulièrement innovant pour assurer la sécurité alimentaire des quelque 4 000 bénéficiaires du programme appelé « Fresh Food Voucher ». Les foyers ayant en leur sein une femme enceinte ou allaitante, ou au moins un enfant de moins deux ans, étaient les cibles prioritaires du programme. L’ambassadeur de France a particulièrement apprécié l’intégration des questions de genre dans ce projet. Ce ciblage permet en effet de se focaliser sur les 1 000 premiers jours de la vie des enfants en apportant les aliments nécessaires à leur bon développement.

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Cela se traduit concrètement par l’octroi d’une carte de 12 000 shillings ougandais par mois et par foyer via un système de coupons électroniques. L’objectif est d’accroître la capacité des réfugiés à diversifier leur alimentation à travers l’achat de produits alimentaires frais : œufs, poissons, viandes, légumes et fruits. Ce système favorise l’autonomie les foyers dans le processus de diversification de leur alimentation, à travers des ateliers de sensibilisation, tout en renforçant une logique de marché local au sein du camp.

Les bénéfices obtenus au travers de ce projet vont au-delà des espérances initiales. Certains indicateurs de performances démontrent ainsi un réel impact sur la diversification alimentaire des bénéficiaires. Depuis la mise en œuvre de ce projet innovant, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) a d’ailleurs manifesté son intérêt croissant pour la généralisation de ce type de système dans d’autres camps de réfugiés présents en Ouganda.

L’agroécologie, une des voies de la résilience en matière de sécurité alimentaire

Lors de la visite d’un des sites d’intervention d’ACF, l’ambassadeur de France a échangé directement avec des réfugiés congolais afin de recueillir leurs retours par rapport à la mise en place du projet. Pour l’ambassadeur : « il s’agit d’envisager des solutions qui vont au-delà d’une simple réponse humanitaire, de proposer un réel futur aux réfugiés, en particulier les femmes et les jeunes  ».

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Une des voies de la résilience explorée par ce projet est une formation en agroécologie, méthode de production agricole respectueuse de l’environnement. A travers son « Optimized Land Use Model  », ACF propose ainsi aux foyers bénéficiaires de développer leurs savoirs agricoles pour optimiser l’utilisation qu’ils font du terrain concédé par le gouvernement ougandais à leur arrivée. La politique française de développement est pionnière dans la promotion de ces pratiques agricoles ; l’ambassade de France en Ouganda finance d’ailleurs trois autres projets de promotion de l’agroécologie dans les districts d’Amuru de Nakapiripirit et de Mpigi Un nouveau projet de la coopération française (d’appui aux secteurs de l’agroécologie et de l’éco-tourisme) est par ailleurs sur le point d’être lancé.

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Un besoin de coordination souligné pour faire face aux besoins émergents

Lors de son échange avec Mme Joly KEBIRUNGI, représentante de l’« Office of the Prime Minister » (OPM), l’ambassadeur de France en Ouganda a commencé par rappeler que « le premier des droits est la liberté  » et a encouragé le gouvernement ougandais à poursuivre sa politique novatrice d’accueil des réfugiés.

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L’OPM a exprimé sa gratitude envers ACF pour les progrès notés au cours du projet. Selon l’OPM, la crise de financement du PAM, qui a dû réduire ses portions alimentaires de base à 60% en février 2021, en parallèle de la pandémie de la covid-19, pourraient aggraver la situation alimentaire dans les camps dans les mois à venir. Au-delà de la sécurité alimentaire, les priorités identifiées par l’OPM pour Kyangwali comprennent l’accès à l’eau, à la santé, à l’éducation et la protection de l’environnement.

M. Thomas FAUSTINI, chef du bureau relations extérieures du HCR à Kyangwali, a exprimé son inquiétude quant à une recrudescence des besoins, dans la perspective de la réouverture des frontières, ce qui devrait se faire ressentir en particulier à Kyangwali et à Nakivale. L’ambassadeur de France en Ouganda a encouragé le HCR a développer des mécanismes de coopération robustes entre les différents bailleurs de fonds et ONG afin de coordonner durablement les financements des années à venir : « nous devons mieux analyser les enjeux pour faire plus »

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Dernière modification : 17/06/2021

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